Sous la menace de pyromanes ?

Sous la menace de pyromanes ?

“Plus on parle des incendies, plus cela excite les pyromanes”, déplore le Colonel Vandebeulque.

Pas un jour sans un incendie de cannes, de broussailles ou de forêts. La saison est propice aux feux mais 2010 est à marquer d’une pierre noire, du moins pour le nombre d’hectares brûlés. Les autorités ne recensent pas plus d’incendies que d’habitude (2 000 par an). Mais tous sont d’origine humaine et la question de la présence de pyromanes dans l’île est prise très au sérieux.

Sécheresse et alizés, un cocktail explosif pour les incendies. L’intersaison est une période sensible en la matière, mais 2010 s’avère être une année particulièrement sinistrée. Outre l’incendie du Maïdo et celui qui ravage actuellement les abords de la route forestière de la Plaine-des-Cafres, plusieurs départs de feu sont enregistrés chaque jour aux quatre coins de l’île. Ravine inaccessible (Lataniers), cannes (Sainte-Marie, Sainte-Suzanne, Saint-Louis), broussailles (Cambaie, Le Port), forêt (La Montagne, Moka à Sainte-Marie)… Tout y passe. Mais pour les autorités, il n’y a pas plus de départs de feu que les années précédentes. “Nous avons environ 2 000 départs de feu par an. Et cette année, nous sommes dans la même proportion”, commente le Colonel Jacques Vandebeulque, à la tête du SDIS. “L’incendie du Maïdo a mis un coup de zoom et nous aurons cette année plus d’hectares brûlés. Il faut savoir que depuis 1988, il y a une hausse des départs de feu mais nous arrivions chaque année à faire baisser le nombre d’hectares consumés. Mais pas cette année.” Et pour le colonel, tous ces feux sont d’origine humaine. D’autant que chaque jour, sur le terrain, les pompiers constatent qu’ils doivent faire face à plusieurs départs de feu synchrones. “Quand nous avons simultanéité de départs à proximité d’itinéraires terrestres, il n’y a aucun doute, explique le patron des sapeurs-pompiers, Sur le volcan, nous avons même retrouvé des traces d’activateurs d’incendie. Après, il y a aussi les départs accidentels causés par un mégot, un écobuage non maîtrisé ou un barbecue mal éteint. Mais je ne connais que deux origines naturelles du feu : le volcan ou la foudre. L’hypothèse du tesson de verre est impossible.”

“L’hypothèse du tesson de verre est impossible”

Ainsi, comme l’origine volontaire ne fait aucun doute pour l’incendie qui a ravagé 780 ha de végétation au Maïdo, une cellule d’enquête spéciale a été créée. Sept enquêteurs de la gendarmerie sont affectés à cette mission pilotée par un juge d’instruction. Des prélèvements de cendres et de la terre ont été effectués sur place et les riverains interrogés. S’il est identifié, l’incendiaire encourt quinze années de réclusion criminelle et 150 000 euros d’amende. Mais concrètement, l’enquête s’avère compliquée. “Soit on les prend en flagrant délit, soit on ne les attrape jamais”, confie un magistrat qui a déjà géré plusieurs dossiers similaires. “Et même lorsque l’expert confirme le caractère volontaire du sinistre, on ne trouve pas forcément la personne qui a mis le feu”, poursuit le juge. Résultat, une information judiciaire sans interpellation de départ se solde dans la grande majorité des cas par un non-lieu. En 2004 cependant, les gendarmes de Sainte-Marie ont interpellé celui que l’on surnommait alors “le pyromane de Domenjod”. Âgé de 29 ans, l’homme a été reconnu coupable de l’incendie de cinq maisons et huit véhicules entre le 26 juin 2002 et le 9 janvier 2004. C’est son mode opératoire particulier, l’utilisation de bidons de cire rouge Lustra comme déclencheur, qui a permis de le confondre. L’homme a été décrit par l’expert psychologue comme “un déficient mental impulsif ayant un retard psycho-affectif” et a été condamné à trois ans et demi de prison dont deux ans ferme avec mise à l’épreuve et obligation de soins. Mais tous les incendiaires ne sont pas forcément des malades au sens psychiatrique du terme. Le profil est difficile à établir et rend d’autant plus complexe la mission des forces de l’ordre. Aussi, en retournant le problème dans tous les sens, les autorités n’y trouvent pas de solutions. Pire, ils considèrent que les nombreux départs de feu attisent les pulsions incendiaires. “Il n’y a rien à faire”, déplore le Colonel Vandebeulque, “Et plus on parle des incendies, plus cela excite les pyromanes.”

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