Polémique après la capture du requin

Polémique après la capture du requin

Les trois pêcheurs ont été guidés par l’émotion et ont commis un geste qui témoigne d’une “méconnaissance du milieu”. (Photo R. Fredfon)

Fallait-il capturer un requin après l’attaque dont a été victime samedi soir un surfeur de 32 ans ? Pour les pêcheurs, qui ont vogué sur l’émotion, ça ne fait aucun doute. Pour les experts, ceux qui connaissent bien l’océan et les squales, ce geste est dénué de sens.

Le requin, objet de craintes, de légendes renforcées par le célèbre film Les dents de la mer. Un plongeur sourit : “Si quand le film est sorti on m’avait dit que je deviendrai moniteur de plongée, j’aurais dit hors de question.” Puis, l’âge, le recul et la découverte de l’océan faisant le reste, il s’est rendu compte par lui-même que sous l’eau, il n’y avait pas UN méchant gros requin dont l’obsession est de manger de la chair humaine. Notamment parce que les plongeurs croisent peu les requins. Il y a de nombreux squales tout à proximité des rivages mais le paradoxe réunionnais — contrairement à d’autres régions du monde — c’est que les espèces rencontrées autour de l’île sont discrètes. Difficiles à observer. Une palanquée, avec son chapelet de bulles, aura pour effet de faire fuir les requins. En revanche, chasseurs et, on l’a, hélas, vu, surfeurs côtoient parfois ces prédateurs des océans. Faut-il pour autant exterminer, liquider les squales qui approcheraient des côtes ?

Des dizaines voire des centaines d’individus au large de St-Gilles

Dans nos colonnes hier, les pêcheurs du requin bouledogue de Saint-Gilles disaient : “On n’aura jamais la certitude qu’il s’agit du requin qui a attaqué le surfeur, mais on est nombreux à savoir que ce requin bouledogue rôdait dans les parages depuis un an.” Lui ou un autre. Ou même beaucoup d’autres puisque selon Gery Vangrevelynghe, spécialiste des squales, des requins bouledogues, “il y en a des dizaines voire des centaines dans les eaux de l’île. La réaction des pêcheurs traduit une méconnaissance du milieu. Cette pêche et l’attaque sont deux événements distincts. Nous ne sommes déjà pas sûrs que le requin qui a mordu le surfeur est un requin bouledogue.” Et de poursuivre : “Si les règles de sécurité étaient respectées (lire par ailleurs N.D.L.R.), beaucoup d’accidents seraient évités. Il faut aussi qu’une étude soit menée à la Réunion pour mieux les connaître. On sait qu’il y a environ 35 espèces de requins. Mais on ignore leur nombre exact. Il faut les observer. Savoir ce qu’ils mangent, comment ils se comportent.” En somme, dépasser l’émotion de l’accident et approfondir sur le sujet.

Faire croire que le requin capturé est dangereux

Gery Vangrevelynghe continue : “Les requins bouledogues ne sont pas là par hasard. Ils sont indispensables à l’écosystème marin. Quand on pèche un requin bouledogue, on perturbe un équilibre qui a mis des millions d’années à se faire.” C’est également l’avis de Fanch Landron de l’association Squal’idées, qui hier, dans nos pages, désapprouvait cette pêche : “C’est une réaction prise à chaud qui n’est pas responsable en terme d’écologie et d’éthique. Il n’y a aucun intérêt à vouloir éradiquer une population qui joue un rôle important dans la biodiversité. Des requins, il y en aura toujours.” À Hawaï, autre île volcanique où les requins passent parfois à l’attaque, “on n’en est plus à vouloir tuer tous les requins. On a remarqué que ce n’était pas une solution”, note Gery Vangrevelynghe. Parce que ce genre d’opération coup de poing n’est pas sans risque. “On fait croire aux baigneurs qu’il n’y a plus de requins dans l’eau et les gens sont moins vigilants, ne respectent plus les consignes de sécurité. C’est là que des accidents arrivent.” Car c’est bien ce qu’ont fait ces pêcheurs en affirmant au lendemain de la capture du squale : “Cet animal avait été observé à plusieurs reprises. On se doutait qu’il passerait à l’acte un jour. Si cette capture peut sécuriser un peu plus l’endroit, tant mieux. Pour les surfeurs mais aussi pour tous les baigneurs de la station balnéaire.” Un discours qui pourrait presque faire oublier toutes les consignes de sécurité sous prétexte que LE requin a été pêché. C’est sans compter sur les autres ailerons qui peuvent apparaître n’importe quand au large de Saint-Gilles

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