La victoire était en eux……

Le relais 4x100m français avait tout, depuis longtemps, pour décrocher un titre majeur. L’anomalie a été réparée mercredi à Dubaï lors des Mondiaux en petit bassin. Mais cette victoire s’est précisément nourrie des frustrations de Pékin, Rome ou Budapest. Ce groupe avait besoin de mûrir.

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Et si c’était ça, le secret? Ne pas être attendus. Nager tranquillement, sans s’occuper de personne et sans que personne ne s’occupe d’eux. A Pékin, il y a deux ans et demi, tout le monde ne parlait que du duel entre Français et Américains. C’était leur course. L’or leur était promis. On connait la suite, idem aux Mondiaux de Rome, un an plus tard. Cette fois, peut-être à cause de ces échecs répétés, peut-être aussi parce que les Mondiaux en petit bassin n’ont pas le même retentissement, le relais 4×100 tricolore a bénéficié d’un certain calme. Presque une forme d’indifférence. Or voilà que c’est précisément dans ce contexte, nouveau pour eux, que les mousquetaires tricolores ont enfin décroché la timbale.

Frustrés sous la pression, sacrés dans la tranquillité, auraient-ils du mal à gérer l’attente qu’ils suscitent? Fabien Gilot, énorme mercredi dans le troisième relais, ne le croit pas. “Ne pas être favori ici ne nous a pas aidés, assure-t-il. On a simplement appris de nos erreurs.” Erreurs collectives individuelles, toutes ont été mises à profit à Dubaï. Celle de Yannick Agnel, d’abord. Frustré par son élimination dès les séries du 200m nage libre le matin, le jeune prodige de la natation française a transformé cette colère en énergie positive. “J’avais la rage, avoue le Niçois. J’ai essayé de la canaliser et de me concentrer sur le 100 m. Il y avait les compatriotes qui étaient là pour ça. Même des nageurs d’autres pays. Je me suis vraiment remobilisé.”

Bernard: “On a oublié tout ce qui s’est passé avant”

Mais c’est bien évidemment au vécu collectif du relais que Fabien Gilot fait écho. A Pékin, à Rome, à l’Euro de Budapest, l’an dernier. A toutes ces déceptions qui trouvaient leurs sources dans une somme de détails qui n’en sont pas. Le talent individuel n’était évidemment pas en cause. Encore fallait-il trouver le bon compromis pour permettre à chacun de l’exprimer. Cela passait, notamment, par l’ordre des passages en finale. “On a réfléchi tranquillement à l’ordre le plus intelligent pour chacun, explique Gilot, pour que chacun soit dans une position de course où il est à l’aise, selon nos qualités naturelles, à la façon dont on nage dans les vagues, posé, plus énervé, plus calme, et on a essayé de concocter le meilleur relais possible.”

Plutôt que de s’entêter à placer Alain Bernard en dernier relayeur, les Français ont cette fois placé leur champion olympique en starter. “Ce n’était pas évident de prendre les choses en main dès la première place du relais mais j’avais envie de voir ce que j’étais capable de faire“, explique Bernard. Dans ce rôle, l’Antibois a donné sa pleine mesure, nageant au maximum de ses possibilités du moment. Cela n’a pas toujours été le cas dans le relais, loin s’en faut. Mettre Yannick Agnel en finisseur constituait un petit pari, mais le “gamin” l’a gagné haut la main, au terme de quatre longueurs que Bernard a jugé “exceptionnelles“. “Yannick a très bien fini, ajoute-t-il, il a fait une super course sur le plan tactique et physique. Il a su revenir.”

Au-delà du positionnement des uns et des autres, c’est dans l’approche de l’évènement que les Français ont évolué. Cette finale, ils l’ont peut-être gagnée autant avant, que pendant. “On s’est dit qu’il fallait faire notre truc et qu’on oublie ce qui se passe aux alentours, reprend Alain Bernard. Et on a oublié tout ce qui s’est passé avant. On avait peut-être trop tendance à écouter ce qui ce disait, ça nous polluait plus qu’autre chose.” Plus équilibré, plus structuré, plus uni aussi (“on a laissé tous nos problèmes de côté“, dit Bernard), ce relais a peut-être enfin trouvé la bonne formule, à tous les niveaux. Mais ce titre n’est pas une fin en soi. Au contraire, c’est un commencement pour Fabien Gilot. “Ce relais arrive à maturité. Je pense que c’est le début d’une belle histoire.” A Shanghai l’an prochain, puis à Londres dans deux ans, il faudra la poursuivre. “Ça nous donne encore plus d’envie et le fait d’avoir enfin obtenu un grand titre nous enlève en même temps de la pression“, conclut Bernard. Bref, ils ont gagné sur toute la ligne.

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