La coalition internationale a bombardé par air et mer la Libye, dont la capitale Tripoli dimanche avant l’aube, mais le leader Mouammar Kadhafi est resté menaçant jurant de transformer la Méditerranée en « champ de bataille ». Après des semaines d’hésitations, un mandat de l’ONU et un appui arabe, cette coalition, en tête de laquelle les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne, est passée samedi à l’offensive pour tenter de stopper la répression de la révolte lancée il y a plus d’un mois contre le régime Kadhafi. C’est une réunion à Paris des Occidentaux et de pays arabes qui a abouti à l’intervention militaire souhaitée par l’opposition libyenne surtout après la prise de contrôle ces derniers jours par les forces gouvernementales de plusieurs bastions rebelles à coups d’attaques aériennes et aux roquettes. Washington et Londres ont lancé plus de 110 missiles de croisière Tomahawk à partir de navires et sous-marins à partir de samedi à 19H00 GMT (21H00 en Libye) contre plus de 20 objectifs, dont des systèmes de défense antiaérienne et des noeuds de communication stratégiques, tous sur la côte méditerranéenne de la Libye. L’intervention, coordonnée d’un QG américain en Allemagne, a été ouverte par une frappe aérienne française contre un véhicule des forces pro-Kadhafi à 16H45 GMT, le premier tir après le feu vert jeudi de l’ONU au recours à la force pour protéger la population civile face à la violente répression du régime. Des chasseurs bombardiers britanniques Tornado ont également participé aux raids. Selon un bilan provisoire de source officielle libyenne, 48 personnes ont trouvé la mort dans ces attaques, dont 26 à Tripoli. Dimanche aux premières heures, un bombardement aérien a visé Tripoli et la défense anti-aérienne déployée dans la capitale, notamment dans la résidence-caserne du dirigeant libyen à Bab al-Aziziya, est entrée en action, selon un journaliste de l’AFP.

Un avion a survolé le secteur mais aucune indication n’a pu être obtenue dans l’immédiat sur les cibles visées. Les forces libyennes ont confirmé, selon la télévision d’Etat, des attaques aériennes sur Tripoli. Auparavant, les autorités libyennes avaient fait état « d’objectifs civils et militaires » touchés et de « graves dégâts matériels » à Misrata, à l’est de Tripoli, ainsi qu’à Zouara (ouest), Syrte (est), la ville natale de Kadhafi, et Benghazi, bastion rebelle dans l’Est. Dans un court enregistrement sonore diffusé par la télévision officielle quelques heures après le début des opérations, le numéro un libyen a menacé de transformer la mer Méditerranée en « champ de bataille » et affirmé que les « dépôts d’armes » étaient ouverts pour défendre la Libye. Il a affirmé qu’il s’attaquerait à « tout objectif civil ou militaire » en Méditerranée. « Les intérêts des pays ayant participé à l’agression seront en danger », a-t-il prévenu, jugeant que les frappes étaient une « agression croisée injustifiée ». L’opération internationale a été en revanche saluée par des tirs de joie et des coups de klaxon à Al-Marj, à une centaine de km au nord-est de Benghazi, épicentre de l’insurrection à un millier de km à l’est de Tripoli. « L’usage de la force n’était pas l’option qui avait notre préférence », a déclaré le président américain Barack Obama. « Mais nous ne pouvons pas rester les bras ballants quand un tyran dit à son peuple qu’il sera sans pitié ». Néanmoins et alors que l’opération militaire en Libye est intervenue quasiment huit ans jour pour jour après l’invasion de l’Irak, M. Obama a annoncé avoir autorisé « une action militaire limitée en Libye » réaffirmant que les Etats-Unis ne déploieraient pas de troupes au sol. La Russie, qui s’était abstenue lors du vote de la résolution à l’ONU, a regretté l’intervention armée. Le comité de l’Union africaine sur la Libye a appelé à « la cessation immédiate des hostilités » et n’ira plus à Tripoli. La résolution de l’ONU exige l’arrêt complet des attaques contre des civils, impose une zone d’exclusion aérienne en Libye et permet des frappes pour contraindre les pro-Kadhafi à cesser la répression qui a fait des centaines de morts et poussé 300.000 personnes à fuir le pays depuis le 15 février. Mais le régime libyen a dit considérer désormais comme nulle cette résolution après les frappes occidentales, estimant avoir de nouveau « le droit d’utiliser son aviation civile et militaire pour se défendre ». Il a réclamé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU. En signe de protestation, le pouvoir libyen a aussi décidé de cesser sa coopération avec l’Union européenne dans sa lutte contre l’immigration clandestine. Alors que l’opération militaire semblait imminente, les forces de M. Kadhafi avaient attaqué Benghazi dès l’aube et abattu un avion militaire des rebelles. Avançant vers la ville avec des chars, elles avaient tiré à l’arme lourde contre des quartiers résidentiels, selon des témoins. Craignant le pire, des milliers de personnes ont fui Benghazi par familles entières. Plus loin sur la route, les passagers de ce début d’exode ont pu bénéficier de la solidarité des habitants, qui offraient de l’eau, de l’essence, de la nourriture, un hébergement. La Croix rouge internationale a mis en garde contre les risques encourus par les civils, et appelé toutes les parties à se conformer rigoureusement au droit international humanitaire. Enfin, la chaîne de télévision du Qatar Al-Jazira a affirmé que quatre de ses journalistes, dont un Norvégien et un Britannique, étaient détenus par les autorités à Tripoli.
















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