Ébouillantée par son chauffe-eau

En quelques minutes, la vie de Claire* a basculé. Locataire dans un immeuble récent construit par un promoteur bien connu à la Réunion, elle a été brûlée au troisième degré sur 30 % du corps parce qu’aucun mitigeur thermostatique n’avait été installé dans son logement. Aujourd’hui, elle cherche une voie juridique pour obtenir réparation. Mais des centaines de locataires seraient également dans ce cas.

Claire* se souviendra sans doute longtemps du 7 septembre 2009. Ce jour-là, elle se lève comme chaque jour pour aller travailler. Elle se rend dans sa salle de bains pour prendre une douche. Mais alors qu’elle se lave, Claire est victime d’un malaise vagal. Elle bascule dans la baignoire et reste inanimée plusieurs minutes. À son réveil, sa vie a basculé. En tombant, Claire a buté sur le robinet et dirigé le mélangeur sur “chaud”. L’eau chaude s’est écoulée sur toute la partie droite de son corps et l’a ébouillantée.

UNE TEMPÉRATURE AU-DELÀ DES 65 °C

Emmenée en urgence à l’hôpital de Bellepierre par un collègue qui habite dans son immeuble, Claire est admise au service des grands brûlés. Elle y séjournera deux mois. La jeune femme a été brûlée au troisième degré sur 30 % du corps au niveau de son avant-bras droit et de sa jambe droite. Elle devra subir dix greffes de peau. Mal assurée, Claire n’obtient aucun dédommagement de sa société d’assurance et, une fois rentrée chez elle, doit faire face seule à son nouveau handicap. “Je n’arrivais plus à marcher, j’avais un déambulateur et des séances de kiné tous les jours. On me changeait mes pansements mais je n’avais pas d’aide à domicile. Je devais tout faire seule, c’était vraiment difficile”, raconte-t-elle. Claire se met en contact avec le mandataire immobilier. “On m’a répondu que c’était au locataire d’installer un mitigeur thermostatique sur le chauffe-eau mais on ne m’a jamais prévenu au moment de signer le bail”. En discutant avec ses voisins, Claire s’aperçoit qu’elle n’est pas la seule à être dans cette situation. Ses voisins, dont certains ont des enfants en bas âge, ont constaté des températures anormales à leurs robinets. Pour en avoir le cœur net, Claire décide de mesurer la température de l’eau dans sa baignoire. Avec un voisin, elle place un thermomètre sous le débit d’eau chaude.

Qui est responsable ?

“Le thermomètre allait jusqu’à 65 °C, il est monté au maximum”, relate son voisin, “on n’a pas pu mesurer plus haut mais peut-être que c’était encore plus chaud”. En décembre dernier, Claire décide alors de mener une action civile. Elle prend attache auprès d’un avocat. Mais les choses ne sont pas si simples. Car si un arrêté (voir par ailleurs) précise que “la température maximale de l’eau chaude sanitaire est fixée à 50 °C”, ces textes ne précisent pas qui en a la responsabilité. Claire veut attaquer ses propriétaires qui, s’ils sont condamnés, pourraient se retourner contre le constructeur. “Je ne sais pas où va me mener cette action judiciaire, conclut Claire, mais ce qui est certain, c’est que je veux que mon histoire serve de leçon et que ce type d’accident n’arrive plus”

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